Vos abeilles mortes après l’hiver : comprendre ce qu’il s’est vraiment passé
- L'Arc en Miel

- il y a 1 jour
- 17 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 1 heure

Pourquoi ma ruche est vide au printemps ?
Dans cet article :
• Robustesse de la santé des abeilles avant l‘hiver
• Estimer les besoins alimentaires d’une colonie d’abeilles
• Évaluer le risque lié au frelon à pattes jaunes / frelon asiatique
• Indices à observer avant l’hiver
• Le rôle du varroa dans les mortalités hivernales
• Laisser les abeilles gérer seules le varroa : une bonne idée ?
• Les risques liés aux pesticides
• Désertion de la colonie avant l’hiver
• Comment réduire les risques l’année suivante
Le scénario est triste, et laisse bien souvent dans l’incompréhension : aux premiers signes de douceur printanière, aucun mouvement, aucune sortie d’abeilles sur la planche d’envol. Et lors de votre première visite : la ruche est vide, avec un tapis d’abeilles mortes sur le plancher, ou des abeilles mortes en grappe dans les alvéoles ... Et pourtant, elles étaient très dynamiques à l’automne, et vous aviez peut-être eu des gestes visant à les préserver avant l’hiver. Que s’est-il passé ?
Tout d’abord, sachez que vous n’êtes pas seule à vous poser la question. Depuis les années 80, la mortalité est en moyenne de 30% des colonies d’abeilles, voire bien au-delà pour certains apiculteurs.
Plusieurs facteurs en sont la cause : le frelon à pattes jaunes (= frelon asiatique) c’est vrai, mais aussi de manière bien moins visible l’acarien varroa destructor, le changement climatique, la diminution des ressources florales, leur faible variété, des pratiques apicoles inadéquates, ou encore des pesticides, à l’effet accentué par la présence de virus et bactéries …
Au-delà de ces difficultés, il faut compter la mortalité naturelle hivernale des abeilles, pour 7 % des ruches. Abeilles surprises par une vague de froid, problème de reprise de ponte, colonie à population faible à l’automne, reine trop vieille, ruche pillée (par un petit mammifère ou autre), …
Et enfin autre possibilité : des apiculteurs découvrent une ruche vide après l’hiver, avec des réserves encore présentes, mais les abeilles ont déserté.
Parmi ce sombre éventail des possibles, comment identifier la cause de la mort de votre colonie ? Et comment mieux se prémunir une prochaine fois ?
(image)
Tout d’abord, il est important d’avoir conscience qu’il est difficile de connaitre la raison précise de la mortalité de sa ruche. Et pour cause : les causes sont très souvent multiples, pour une même ruche.
De plus certaines causes peuvent n’avoir laissé aucun indice (par exemple, une vieille reine morte durant l’hiver laissera une colonie orpheline, sans aucune trace).
Certains indices peuvent cependant permettre d’identifier des causes.
Qui sommes-nous ? Apiculteurs engagés et formateurs , nous prenons soin de 300 colonies d'abeilles en bio et Nature & Progrès depuis 2011. La robustesse de nos colonies est centrale dans notre pratique : elle se base sur des milieux à la biodiversité dense, l'autonomie maximale des abeilles, des gestes minimaux et doux. |
Mes abeilles avaient-elles une santé robuste ?
Dans un 1er temps, il faut bien réaliser que malgré tous nos soins, nos abeilles ne sont pas dans leur forme optimum. Les milieux sont globalement beaucoup moins riches en biodiversité florale.
Les campagnes qu’on croyait préservées présentent un manque de ressources crucial pour les pollinisateurs. Manque de quantité de fleurs à butiner, mais aussi manque de diversité.
Les abeilles sont donc très souvent carencées : le manque de variété de pollens qu’elle consomment diminue leurs défenses immunitaires. Elles sont donc plus sensibles aux virus et bactéries.
Nous l’observons et l’avons vu évoluer au fil des années, ici dans l’Aveyron ou ailleurs : prairies d’élevage semées de ray-grass sans la moindre fleur, haies ratiboisées ou taillées sévèrement à l’épareuse, monocultures à perte de vue, bords de route fauchés en toute saison et très court (et plusieurs mètres au-delà des limites réglementaires de sécurité routière), jardins des particuliers tondus fréquemment, intégralement et très courts … Tout cela limite énormément la variété de fleurs donc de pollens (et de nectars) au menu des abeilles. Conséquence directe : abeilles mellifères et pollinisateurs sauvages sont affaiblis, incontestablement.
Cette seule raison n’explique cependant pas à elle seule les fortes mortalités subies par nos abeilles depuis les 40 dernières années.
Mais il est clair qu’installer ses abeilles dans une zone préservée, par exemple sur des terres agricoles conduites en agroécologie, ou des forêts riches en essences variées, les aideront fortement à se constituer une santé robuste. Elles seront plus à même de se défendre contre virus, maladies et prédateurs.
De notre expérience, c’est un point essentiel : nous choisissons minutieusement nos emplacements avec ce critère. Les apiculteurs intensifs qui enchainent transhumances et miellées sur des monocultures font certes de bien plus grosses récoltes, mais ils le savent bien : en fin d’année, la colonie est épuisée, et il est impératif de changer la reine.
Mais attention cette base ne suffit pas : un suivi sanitaire précis des colonies reste incontournable. Car les abeilles vont malgré cela rencontrer prédateurs, virus, parasites, manques, pesticides (présents dans la quasi intégralité des eaux en France). Elles seront simplement plus robustes pour lutter.
Alors quels signes observer pour suivre la santé de vos futures colonies ? Et éviter de retrouver vos abeilles mortes après l'hiver ?
Mes abeilles sont-elles mortes de faim ?
Les symptômes d’une colonie morte de faim sont faciles à identifier : la plupart des abeilles sont mortes la tête au fond des alvéoles, essayant de trouver la dernière goutte de miel. D’autres sont mortes sur le plancher.
Nous avons mille fois entendu cette phrase, de la part d’apiculteurs et apicultrices de toutes régions : « pourtant elles avaient des réserves de miel à l’automne, et par sécurité j’avais ajouté un pain de candi ». Malheureusement, cela n’aura pas suffi.
A la faveur du changement climatique, les hivers sont de plus en plus doux et les abeilles sortent en quête de nourriture en plein hiver. Elles reviennent bredouilles, consomment davantage et plus rapidement leurs réserves. Puis la reine se remet à pondre croyant le printemps arrivé. Parfois elle n’arrête carrément pas de pondre en hiver. Que se passe-t-il alors ? La température maintenue par les abeilles à l’intérieur de la ruche passe à 37°C (alors qu’elles devraient maintenir seulement 20°C en hiver). Il leur faut donc plus d’énergie. Elles vont donc consommer énormément de nourriture. Et s’épuiser pour maintenir ces 37°C.
Que faire pour éviter cela ? Vous ne pourrez évidemment pas aller contre la douceur hivernale … Mais vous pouvez, à l’automne, réduire l’espace à chauffer en plaçant des partitions isolantes autour de la grappe d’abeilles. Elles n’auront ainsi chauffé que 5 ou 6 cadres au lieu de 10 (sur une ruche Dadant). Et astuce pour éviter de les déranger : soupesez votre ruche pendant l’hiver afin d’estimer ses réserves. En cas de poids faible, il reste possible d’ouvrir très rapidement pour déposer un pain de candi, pour sauver la colonie.

-> Faut-il nourrir sa ruche avant l’hiver ?
Bien sûr, on s'en passerait bien ... Mais les changements climatiques ne donnent plus vraiment le choix, pour la survie des colonies.
Et les erreurs d’estimation des besoins d’une colonie sont très fréquentes, et pas seulement sur la période hivernale.
Exemple concret : en mars 2015, l’une de nos 30 ruches en garrigue était très populeuse, magnifique couvain avec des réserves de miel. Aussi importantes que celles des autres colonies voisines moins développées. La pluie printanière a alors commencé, et n’a cessé que 15 jours après. A notre nouveau passage, nous découvrons la colonie morte de faim (sic) … Erreur d’estimation fatale : nous aurions dû anticiper ses forts besoins en posant rapidement un pain de candi à ses réserves, même si nous ne nous doutions pas que la pluie allait durer …
Cet exemple, même s’il n’arrive pas à l’issue de l’hiver, illustre les forts besoins des colonies populeuses et en bonne santé au printemps.
En hiver, paradoxalement plus la colonie est populeuse, moins elle va consommer de miel. Et moins elle est populeuse, plus elle aura besoin de miel. Il est moins énergivore de maintenir 20°C dans la ruche lorsqu’on est 15.000, que lorsque qu’on est seulement 5000 C’est un point que nous vérifions chaque année : nos colonies faibles demandent plus de ressources. ! Au printemps, c’est l’inverse (mais nous y reviendrons dans un autre article).
Ruche pleine de miel, abeilles mortes en grappe : que s’est-il passé cet hiver ?
C’est rageant, et on peut penser qu’elles ne sont pas mortes de faim puisque les réserves étaient là. Mais ce n’est pas si sûr.
Plusieurs causes sont possibles, selon vos observations complémentaires :
-> Il y avait présence permanente de 5 frelons asiatiques devant chaque ruche en fin d’été et à l’automne
Tout d’abord il faut savoir que la présence d’1 à 3 frelons à pattes jaunes en permanence devant une ruche, est une pression faible.
A partir de 5 et au-delà, les abeilles sont en difficulté. Elles ne sortent plus et sont en stress. Aucun pollen ne rentre ou presque, et les réserves diminuent. Conséquence immédiate : la reine ne pond plus. Donc pas de naissance d’abeilles d’hiver. Les abeilles d’été vont mourir petit à petit de vieillesse, ne laissant place à … aucune abeille. Les dernières estivales mourront en grappe à la première vague de froid, incapables de maintenir une température suffisante à leur survie.
Que faire pour éviter cela ?
Tout d’abord, compter le nombre de frelons stationnaires en permanence et n’intervenir qu’à partir de 4 à 5 permanents par ruche. Mais attention : observer la présence des frelons ne suffit pas. C’est le comportement de vos abeilles par rapport au frelon qui est important. Si elles ne sortent plus, elles sont effectivement en stress : c’est le moment de les déplacer.
En général, les ruchers les premiers et les plus attaqués par vespa velutina sont les ruchers de petite taille (moins de 10 ruches). Une idée peut donc être de regrouper vos ruches avec celles d’un autre apiculteur. Et la deuxième option est de les déplacer dans un site a priori sans frelons asiatiques ou avec une présence moindre.
Il faut savoir que les lieux où il y a le plus de frelon asiatique sont les villes et le long des principaux cours d’eau. Attention il y en a aussi en montagne, et en campagne. Mais il y a aussi plus d’insectes, donc plus de ressources alimentaires pour le frelon ! Le MNHN le montre dans son étude de 2011 (« spectre de proies de vespas velutina en France dans trois milieux différents »): le bol alimentaire du frelon en ville comprend 66 % d’abeilles alors qu’en zones agricole et forestière le menu ne comprend que 35 ou 33 % d’abeilles domestiques ...

Pièges sélectifs frelon asiatique : vraiment sélectifs ?
Au sujet du frelon, nous reviendrons sur le sujet du piégeage dans un prochain article. Mais d’ores et déjà, nous pouvons dire par retour d’expérience, qu’aucun piège n’est réellement sélectif (c’est aussi une donnée issue d’étude ITSAP 2025). Cela veut dire que les pièges tuent aussi, systématiquement, d’autres espèces d’insectes. Et pas uniquement des mouches domestiques. Ce n’est pas rien, en terme d’impact. Il est important de ne pas piéger à tout-va, pour éviter de détruire l’équilibre du milieu (et par là même à terme, mettre en péril ses abeilles …). Notre retour d’expérience sur différents ruchers et avec différents systèmes, nous a clairement montré qu’il faut être prudent, et que le piégeage (notamment au printemps) peut s’avérer totalement contre-productif.
A ce titre, le tout nouveau piège « nasse coréenne » semble être intéressant. Mais prudence, et alerte aux « solutions miraculeuses » … Aucun test d’ampleur n’a à ce jour été fait. Les ADA et ITSAP mettent en ce moment en place des tests dans leurs réseaux d’apiculteurs, pour en tirer des informations précises et scientifiques en terme d’impact.
Vous aimeriez plus approfondir la manière d'intervenir avec le frelon à pattes jaunes / asiatique ?
-> Pas ou peu de pression frelon asiatique à l’automne, pourquoi ma ruche est morte ?
L’âge de la reine peut être en cause. Plus la reine est âgée, moins elle a de chance de passer l’hiver.
La quantité de couvain présent dans la ruche mi-septembre peut être une autre piste : effectivement, trop peu de couvain voudra dire trop petite population d’abeilles d’hiver. Et une colonie trop petite ne pourra pas maintenir les 20°C au cœur de la grappe d’abeilles, nécessaires à l’hivernation de la colonie.
Autre possibilité : la colonie était malade. Pour éviter cela, il est impératif de savoir bien repérer les signes cliniques des principales maladies. Cette observation est à faire tout au long de la saison d’apiculture, et en particulier lors de la mise en hivernage avant l’arrivée du froid. Ailes déformées, abeilles tremblantes, abeilles brillantes, mas aussi couvain désoperculé, couvain chauve, ou affaissé … sont quelques exemples de symptômes qu’il est possible de rencontrer.
Et bien sûr, très important : vous êtes-vous assuré que la pression varroa était au plus faible ? L’observation à l’œil n’apporte malheureusement pas grand-chose. En bref, si vous voyez des varroas sur les abeilles, c’est que la colonie est déjà sur-infestée. Car le parasitage se produit d’abord sur les larves. Seul un comptage varroa efficace permet d’avoir un aperçu fiable. Et seule une connaissance précise et précoce des signes d’infestation aurait pu permettre de sauver vos abeilles.
Abeilles mortes après l'hiver, dans toute la ruche
On peut penser empoisonnement des abeilles aux pesticides, mais … En réalité, il y a peu de chance que les abeilles aient récupéré un pesticide en plein hiver.
A l’automne, quand elles sortent encore, c’est possible (voir notre retour d’expérience en encadré). Mais si vous avez visité votre ruche avant la vague de froid et que la ruche était pleine d’abeilles, l’intoxication est fort peu probable.
-> Il y a une très forte probabilité pour que varroa en soit la cause
N’y allons pas par 4 chemins : dans la majorité des cas varroa destructor est en cause. Il est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux facteurs de mortalité hivernale des colonies d’abeilles. Ce petit acarien, présent dans toutes les ruches en France (et quasiment dans les ruches du monde entier), se nourrit de l’hémolymphe des abeilles et larves. Et il est difficile à repérer …
Vous aviez mis des lanières ? Effectué un traitement (quel qu’il soit, du plus naturel au plus conventionnel) ? Malheureusement, ce n’est plus suffisant. Le varroa affaiblit les abeilles domestiques, transmet des maladies et réduit l’espérance de vie des abeilles.
Utiliser toujours le même médicament entraine une résistance du varroa au principe actif (quel qu’il soit). L’abus de ces médicaments dans le monde de l’apiculture, conduit aussi à cette accoutumance généralisée …
Pour cette raison, aujourd’hui, il est nécessaire d’alterner les molécules et d’y associer d’autres moyens de lutte. Mais aussi et surtout d’utiliser le bon médicament, au bon moment, avec le bon protocole, un dosage précis et pendant la bonne durée. En bio, l’utilisation des acides organiques formique et oxalique est possible (ces acides existent à l’état naturel : produits par les abeilles et les fourmis pour l’un, et présent dans les légumes tel qu’oseille et épinard pour l’autre). Mais il est minutieux et demande une très bonne maitrise.

-> Pas de varroa visible ou très peu ?
Le problème est que lorsqu’on voit 1 varroa sur une abeille, il faut s’imaginer qu’il y en 50 cachés dans le couvain.
Un comptage varroa précis (sur lange, avec alcool ou CO², …) et une analyse des résultats (en fonction de la période de l’année, et de votre lieu) vous donneront une information correcte du niveau de présence de « varroa destructor ».
L’infestation est quasi invisible : la plupart du temps, il semble que tout va bien pour la colonie … Puis en plein hiver, la colonie s’effondre, car les abeilles d’hiver, faibles, meurent trop rapidement alors que les abeilles de printemps ne sont pas encore nées. La température n’est plus maintenue et le couvain meurt alors à son tour.
Notre conseil : si au mois d’aout vous observez des signes cliniques tels que ailes déformées, abeilles tremblantes … Il est urgent de vérifier que votre traitement varroa a été efficace. Un comptage en bonne et due forme s’impose. Dans le cas d’un résultat qui confirme une trop importante progression du varroa, il faut faire un traitement de rattrapage, s’il n’est pas déjà trop tard. Ce traitement peut prendre différentes formes selon avancée de la saison, population, produit déjà utilisé, type d’apiculture choisi … D’où l’intérêt de bien connaitre et maitriser toutes les options thérapeutiques.
Lorsqu'on voit 1 varroa, il faut imaginer qu'il y en a 50 cachés
-> Une ruche peut-elle survivre plusieurs années sans traitement contre le varroa ?
Nous avons presque tous entendu cette histoire : celle d’une ruche qui vivrait depuis des années sans aucun traitement contre le varroa.
Cela peut effectivement arriver… mais la situation mérite souvent d’être regardée de plus près. L’observateur est-il certain qu’il s’agit toujours de la même colonie ? Ou bien un essaim naturel est-il venu recoloniser la ruche au printemps, après qu’elle se soit discrètement vidée durant l’hiver ?
Sans un suivi régulier de la ruche au fil des saisons (observation de la colonie, de sa dynamique et de sa population) il est impossible d’en être sûr. Une ruche occupée n’est pas forcément la preuve que la colonie d’origine est toujours en place.
Aujourd’hui, nos observations de terrain et les études scientifiques sur plusieurs années sur la résistance au varroa (sur le terrain, avec les apiculteurs) montrent qu’une colonie d’abeilles laissée sans intervention contre le varroa voit généralement son espérance de vie réduite à un maximum de 3 ans.
Cela ne signifie pas qu’aucune adaptation n’est possible : certaines colonies développent des mécanismes de résistance partielle. Mais dans l’état des connaissances actuelles, ce gène de résistance ne se transmettrait pour le moment pas.
Comprendre le varroa change tout dans la survie d'une colonie d'abeilles
Il reste que comprendre la pression du varroa et apprendre à la gérer est aujourd’hui une compétence essentielle pour tout apiculteur. Que l’on cherche simplement à : polliniser son jardin, observer la vie de la ruche, ou à produire du miel (même à petite échelle familiale). C’est précisément ce que nous apprenons à faire lors de nos stages, notamment celui consacré à la santé des colonies :
-> Intoxication des abeilles : quels signes possibles
Notre retour d’expérience d’intoxication des abeilles suite à traitement insecticide
En octobre 2022, nos abeilles butinait encore sur le lierre, de manière exceptionnellement tardive. Cette année-là, la Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) a touché des élevages brebis dans l’Aveyron. Des éleveurs inquiétés ont désinsectisé leurs troupeaux, pour éradiquer le moucheron responsable de la propagation. Résultat : l’insecticide se retrouve sur les fumières, visitées par les abeilles en recherche d’azote à cette période. En l’espace de 15 jours, sur nos 3 ruchers en zone d’élevage, les colonies en pleine santé sont passées de 20.000 abeilles (avec une présence varroa extrêmement faible constatée, et donc très satisfaisant) à 100 ou 200 abeilles … Et ce sur la quasi intégralité des colonies. Le constat était sans appel, mais sans « preuve » puisque les abeilles ne sont jamais rentrées à la ruche. Notre dossier est toujours ouvert pour OMAA, classé « sans cause déterminée » puisque la cause varroa a été écartée. Il faut préciser que la deltaméthrine (insecticide utilisé par les éleveurs) attaque le système nerveux des insectes, les désorientant complètement : les abeilles ne rentrent jamais à la ruche. Au-delà d’un drame*, cet exemple montre que c’est bien quand les abeilles sortent et butinent qu’elles risquent l’intoxication. C’est lors de cette dernière visite avant hivernage que nous avons fait ce constat amer.
* pour plus de détails sur cette mortalité exceptionnelle, au cours duquel nous avons subitement perdu 80 colonies d’abeilles, la Relève et la Peste a écrit un article très complet à ce sujet disponible ici.

Ruche vide : désertion ou mortalité ?
Pas de trace d’abeilles mortes, juste des cadres avec ou sans miel ... Ce constat a beaucoup fait parlé de lui à une époque où on parlait de Syndrome d’Effondrement des Colonies (connu sous le nom de Colony Collapse Disorder, CCD). Dans les années 80-90, le varroa venait d’arriver, et simultanément l’agriculture s’intensifiait (usage de pesticides, coupe rase de haies, dégradation des ressources florales dans leur ensemble, etc.). Les abeilles, l’apiculture ont pris de plein fouet ces nouvelles problématiques délétères. Globalement, il était beaucoup plus simple de pratiquer l’apiculture avant tout cela !
Aujourd’hui ces causes sont connues. Et le suivi précis des ruches est devenu incontournable.
Ce qu’il s’est passé possiblement pour votre colonie d’abeilles :
- Elles ont déserté en fin d’été ou début automne (à cause d’une pression varroa forte ou de disette). A noter : les abeilles ne désertent généralement pas en plein hiver.
- Elles sont mortes à l’automne ou au début de l’hiver (pour une ou plusieurs des raisons vues dans cet article : varroa, disette, frelon asiatique ou froid sur colonie trop petite).
En ouvrant la ruche au début du printemps, vous la découvrez vide : plus aucun cadavre d’abeille car la ruche a été « nettoyée » par de petits mammifères, des insectes carnivores (frelon, guêpes ou fourmis …) et autres nettoyeurs microscopiques. Le miel aura été pillé par d’autres abeilles. Trop de temps a passé sans suivi, il est impossible de savoir précisément, parmi ces raisons, ce qu’il s’est passé.
Que faire pour éviter de retrouver sa ruche vide ? L’étape de la mise en hivernage est impérative, dans le cadre du suivi de la colonie tout au long de la saison. Apprendre à évaluer la dynamique de la colonie, sa taille, la régularité de la ponte, la qualité et quantité du couvain (abeilles d’hiver), qualité des cires et les réserves de nourriture (miel et pollens) sont des savoir-faire à acquérir pour tout apiculteur, même s’il n’a qu’une ruche à accompagner.
Ce sont tous ces aspects que nous abordons en détail et en pratique lors de nos stages découverte et perfectionnement à l’apiculture. L’agriculture intensive et ses pratiques délétères restent toujours très problématiques, pour la santé du vivant en général, mais le suivi des ruches peut permettre d’éviter le pire dans certains cas.

Abeilles mortes devant la ruche : intoxication ou … tout va bien ?
Après la 1ère vague de froid, vous constaterez peut-être une forte présence d’abeilles mortes au pied de la planche d’envol, sur le sol. Pas de panique … Tout va bien ! Au contraire, vos abeilles ont un comportement dit « hygiénique ». Elles ont évacué les abeilles mortes (souvent de vieillesse), qui n’ont pas eu la possibilité de mourir dehors (faute d’une température d’au moins 12°C favorisant leur sortie) comme cela se passe habituellement en été. C’est plutôt une signe de bonne santé de votre colonie. La ruche qui n’a aucun cadavre d’abeilles au pied est peut-être celle qui n’a pas survécu à cette première vague de froid. Pour vous en assurer : vous pouvez tapoter doucement sur un coté de la ruche et coller votre oreille à l’opposé. Si vous entendez un bruissement, les abeilles sont encore vivantes. Aucune réaction ? La ruche est malheureusement morte.
Si vous découvrez une colonie morte en fin d’hiver, avec tapis d’abeilles mortes devant : probablement, elles se sont bien tirées de la 1ère vague de froid. Quelque-chose d’autre s’est passé par la suite (pression varroa, manque de nourriture … ? Se reporter aux autres points).
-> Deux périodes critiques de mortalité des colonies en hiver
Par expérience, dans un rucher, la mortalité des colonies survient souvent à deux moments précis :• lors de la première vague de froid, lorsque les colonies les plus faibles ne passent pas le cap ;• à la fin de l’hiver, lorsque les abeilles d’hiver arrivent naturellement en fin de vie.
Entre ces deux périodes, les pertes sont généralement beaucoup plus rares.

Comment limiter les pertes de colonies après l’hiver ?
Il existe encore d’autres causes possibles à la mortalité des abeilles en fin d’hiver. Même pour des apiculteurs expérimentés, certaines situations restent parfois difficiles à interpréter avec certitude. L’essentiel est alors de continuer à observer, à se questionner et à faire évoluer ses pratiques.
L’apiculture est un domaine où les connaissances progressent sans cesse. C’est aussi pour cela que nous travaillons en réseau avec d’autres apiculteurs et que nous restons attentifs aux avancées de la recherche et aux retours de terrain, notamment à travers les réseaux des ADA régionales (Associations de Développement de l’Apiculture) ou de l’ITSAP (Institut de l’Abeille).
Dans la majorité des cas, un suivi régulier de la santé et de la dynamique des colonies permet de repérer tôt les signes d’affaiblissement et d’agir avant que les situations ne deviennent critiques ... affin d'éviter de retrouver ses abeilles mortes après l'hiver.
Dans nos ruchers, c’est vraiment cette anticipation qui nous permet de constater une mortalité faible. Hors phénomène exceptionnel comme une intoxication, nous arrivons à une mortalité hivernale de 9 à 15 % selon les années. C’est un résultat tout à fait honorable en bio et mention Nature & Progrès, fruit surtout d’un travail patient, en toute humilité.
Apprendre à observer ses abeilles, à interpréter les indices sur la planche d’envol et dans la ruche, et à comprendre les interactions entre les colonies et leur environnement fait toute la différence au fil des saisons.
C’est précisément cette approche d’observation, de compréhension et d’adaptation des pratiques au fil de l’année que nous travaillons lors de nos stages apiculture.
Ne plus subir la perte de ses colonies passe par comprendre et anticiper l'ensemble des problématiques
👉 Si vous souhaitez aller plus loin, que vous soyez débutant ou plus expérimenté, nos stages permettent d’apprendre concrètement à observer ses colonies, comprendre les signes d’affaiblissement, les anticiper et adapter ses pratiques au fil des saisons.
Comprendre et apprendre à diagnostiquer l'état de santé de sa ruche :
A lire également :

Commentaires