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DEBUTER EN APICULTURE BIO (1)

Se préparer à accueillir des abeilles

Se préparer à accueillir des abeilles

Nous proposons ici des questions à se poser avant de se lancer, ainsi que des éléments de réponse issus de notre expérience de plus de 10 ans avec et pour les abeilles.

Ces questions sont un préambule, quelque soit la dimension ou l'objectif de votre projet : polliniser votre jardin ou vos cultures, simplement observer et accueillir des abeilles, produire votre miel familial, monter un projet collectif, créer votre activité complémentaire, devenir apiculteur pro à temps plein, etc.

Nous n'avons pas de solution miracle, pas de vérité indiscutable. Seulement des pistes concrètes inspirées de notre pratique et des connaissances actuelles. Nous sommes apiculteurs professionnels depuis 2011, pratiquons une apiculture biologique (sous mention AB et Nature & Progrès), accueillons, sensibilisons et formons de nombreuses personnes aux profils et aux projets divers.

Notre éthique est résolument écologique. Nous humains, sommes vivants parmi les vivants, tout comme les abeilles et autres êtres végétaux et animaux. Nous recherchons, en toute humilité, une attitude responsable et respectueuse du vivant, une interdépendance équilibrée et positive.

Attention, certaines données ci-dessous peuvent être amenées à évoluer. Nous veillons à les mettre à jour régulièrement.

Merci de votre indulgence !

 

 

Installer des ruches, une bonne idée ?

 

Les abeilles sont, il est vrai, responsables de la pollinisation de 80% des espèces végétales. Mais parmi elles, il y a une grande variété d'espèces, pour la plupart sauvages. L'abeille domestique Apis mellifera, polliniserait seulement 15% des végétaux (source : Office pour les Insectes et leur Environnement).

Nous savons aujourd'hui que la variété des hyménoptères , et plus largement d'insectes, est nécessaire pour favoriser pollinisation et équilibre naturel. L'idée qu'une surpopulation d'abeilles domestique entre en concurrence avec les abeilles sauvages est étudiée. Aucun palier (nombre de ruches au km²) n'est officiellement défini : c'est en effet très difficile à évaluer, car cela varie avec la richesse florale du territoire concerné (type de fleurs, abondance et variété). Cependant, en 2019 une étude a montré que dans une grande métropole comme Paris, on avait dépassé ce seuil critique : il y a trop de ruches par rapport aux ressources florales de la capitale.

Alors comment savoir si votre projet ne risque pas d'être porteur d'un déséquilibre pour son territoire ?

Tout d'abord observer : avant installation de ruches, il est important de veiller à l'abondance de la flore, à sa variété au fil de l'année, dans un rayon de 3 kms. Et autre question incontournable : les hyménoptères sont-ils présents en variété et quantité ?

Puis échanger avec les apiculteurs locaux : combien de ruches sont déjà installées ? Les ressources sont-elles suffisantes (au fil de l'année) ? Puis tester, progressivement : installer quelques ruches, observer au fil des mois. L'objectif reste de créer un ensemble vivant et harmonieux, dans lequel les abeilles domestiques et les espèces sauvages ont leur place.

Pour la pollinisation des cultures, un repère simple et efficace : 4 colonies suffisent pour polliniser 1 hectare de pommiers ou de cerisiers.

Avant tout, un point incontournable : donnez vous les moyens de gérer positivement votre projet en vous formant pour apprendre l'apiculture par la pratique. La variété des paramètres impactant la santé des abeilles fait que c'est devenu incontournable, même pour prendre soin d'une seule ruche.

Une autre piste pour comprendre les interactions complexes entre plantes et insectes, et participer à un programme de science participative passionnant : le SPIPOLL. Cette démarche participative ouverte à tous, vous propose d'observer un massif fleuri pendant 20 minutes, et de partager vos résultats sur le site dédié. Vous faites ainsi avancer la recherche sur le sujet !

 

Peut-on installer des ruches n’importe où ?

Comme chaque être vivant, les abeilles ont besoin d'évoluer librement sans stress. Elles ne sont ni plus ni moins agressives que les guêpes, que les frelons ou encore que les humains ! Et comme dans toutes les espèces ... certains individus ont besoin de plus d'espace que d'autres.

L'idéal est de leur réserver un lieu bien à elles, à l'écart du passage humain. Il existe des règles légales, qui varient d'un département à l'autre. Elles sont une bonne base de référence. On peut se les procurer auprès de sa préfecture. Par exemple il existe une distance minimale légale à respecter pour les ruches proches des habitations, des lieux publics (écoles, hôpitaux, ...), des voies de passage (sentiers de randonnée, ...). Ensuite, la logique et le bon sens prévalent : éviter la proximité d'un lieu animé, qui va être source de bruit et de mouvement, stressants pour les abeilles,

 

Y a t-il assez de ressources florales autour de mes abeilles ?

Vos abeilles auront besoin d'une flore abondante et variée tout le long de leur période d'activité, dans un rayon de 3 kms.

Un magnifique champs de lavande ou de tournesol (non traité) juste à côté de chez vous ? Vous avez planté un tétradium daniellii, le fameux "arbre à miel" ? Super, mais quelles fleurs sont disponibles à la sortie de l'hiver (février-mars-avril) pour leur permettre de redémarrer la ponte ? En septembre ou octobre pour faire leurs réserves d'hiver ? Etc.

En outre, vos abeilles vont avoir besoin de pollen et de nectar. Certaines plantes, comme le noisetier (pollinifère) ou le lavandin (nectarifère) sont spécialisées sur une seule de ces ressources. D'autres, comme le lierre, produisent et offrent les deux.

Et enfin c'est dans la variété des apports floraux (notamment des pollens) qu'elles construiront une immunité et une santé solide.

C'est précisément pour ces raisons qu'en zone de monoculture agricole, les abeilles ne peuvent pas trouver un équilibre à l'année.

Bien trop souvent sacrifiée par commodité ou méconnaissance, la flore locale est décimée sur les bords de route, jardins publics ou privés, haies agricoles ... Cette flore commune, sauvage et variée, est capitale pour les abeilles, mais aussi les oiseaux et tout l'écosystème.

Nous pouvons la défendre, auprès de nos communes ou conseils départementaux, mais aussi de nos proches. Et également par nos choix alimentaires, en favorisant des agriculteurs aux pratiques respectueuses. Planter des arbres peut aider, mais ne remplacera jamais cette variété naturelle indispensable.

Pour mobiliser nos élus, la fiche "que peut faire ma commune pour végétaliser son territoire ?" de France Nature Environnement est un outil utile. Faites la circuler !

Attention également, les territoires évoluent, dans un sens comme dans l'autre : restons vigilant, aiguisons notre nez et notre vision à la manière d'une abeille.

 

Opter pour des soins conventionnels, bio, alternatifs … ?

 

Il y a 40 ans, apporter des soins à une colonie d'abeilles se résumait à les nourrir très exceptionnellement ...

Maintenant, la "prophylaxie", un ensemble de pratiques de prévention est incontournable : repérer la qualité des floraisons et leur variété, déplacer les ruches en période de manque, surveiller le varroa (qui affaiblit fortement les colonies si on ne fait rien), suivre la ponte ou la vitalité de la reine ...

Beaucoup d'indices, qu'il convient de savoir repérer, témoignent de la santé d'une colonie d'abeilles.  Puis savoir diagnostiquer les maladies courantes, qui peuvent être fatales : prises à temps, la plupart sont simples à soigner et sauveront vos abeilles.

Plus largement que le strict diagnostic, il est important de savoir évaluer globalement la dynamique d'une colonie.

Ensuite, intervenir pour préserver ou restaurer l’équilibre de santé de la colonie  peut être nécessaire. Tout d'abord, être dans un esprit de lutte acharnée (contre varroa destructor, ou encore vespa velutina) peut être épuisant ... et inefficace. De par son état d'esprit, l'apiculteur.trice peut induire beaucoup. Les abeilles sont très sensibles à son stress.

Ensuite, ses compétences et son savoir vont être essentielle : ai-je compris le cycle du varroa ? Ai-je connaissance des besoins en nourriture des abeilles qui évoluent au fil de l’année ? Suis-je en mesure de repérer leur vitalité, leurs besoins ?

Et enfin, le type de soins ! Les soins conventionnels sont les plus "faciles" et efficaces, mais demandent une grande rigueur d'emploi (personne n'a envie de retrouver des résidus acaricides dans son miel ...).

Les soins bio sont bien plus risqués, occasionnant plus de mort des colonies ... Ils demandent minutie, observation, rigueur et maitrise parfaite des procédés.

Une multitude de « soins alternatifs » ou « naturels » ont déjà été testés.  Parmi ceux-ci, il existe des solutions complémentaires aux traitements incontournables du varroa (en conventionnel ou en bio), intéressants : homéopathie, biodynamie, biomécaniques, énergétiques ... Ils restent cependant insuffisants pour faire baisser ou prévenir suffisamment la pression du varroa.

Alors ... Est ce que je teste la solution miracle "hyper naturelle" de mon voisin ou trouvée sur internet ? Le produit est-il légal (bon à savoir !) ? Laisse t-il des résidus dans le miel et la cire ? Quel est son impact à long terme ? Certes, tout découvreur passe par une approche empirique, mais suis-je capable d'en mesurer le risque ? Et du coup ... prendre le risque de retrouver 1 colonie en vie sur 20 à la sortie de l'hiver, est-ce toujours "respectueux des abeilles" ?

Se tenir informé.e des recherches, rester ouvert.e mais garder sa capacité de discernement, se remettre en question, le tout à l'égard de notre impact global : ce sont nos valeurs en apiculture, celles que nous mettons quotidiennement en application, dans le strict respect des cahiers des charges (Agriculture Biologique + Nature & Progrès) pour lesquels nous sommes régulièrement contrôlés.

Ce sont ces valeurs que nous vous proposons de partager avec nous lors de nos formations.

Et sans aucun doute : rechercher un équilibre entre "faire" et "être". C'est-à-dire appliquer des soins justes, mais d'abord dans une relation paisible et consciente avec les abeilles et leur milieu.

Puis-je récolter du miel tout en étant respectueux des besoins des abeilles ?

Vaste sujet, à ne pas aborder de manière trop simpliste ou manichéenne !

Il est possible d'avoir une relation équilibrée avec ses abeilles. Dans cet équilibre, prélever une petite partie de leur production est possible, dans la mesure où leur santé, des ressources saines et leur bien-être sont au rendez-vous.

En moyenne, une ruche a besoin d'environ 80kg de miel annuel pour son alimentation propre. Au-delà, l'apiculteur.trice peut escompter récolter un surplus. Sans transhumer, il.elle peut espérer aujourd'hui entre 0 et 20 kg de miel annuel. Bien plus (certains parlent de 60kg) avec des pratiques intensives (transhumance fréquente, nourrissement fort, et donc stress des abeilles) ...

Attention : ces chiffres sont des données générales, des repères à adapter au cas par cas.

"Du corps de la ruche, jamais tu ne récolteras le miel" : c'est également un repère, une éthique de base que tout apiculteur.trice devrait suivre à la lettre (sauf cas exceptionnel) pour respecter les besoins de la colonie. Le miel accumulé dans la hausse (élément superposé au corps de la ruche) peut donc seul faire l'objet d'une récolte.

 

L'abeille est une infatigable butineuse ... Tant qu'il y a du nectar, du miellat ou encore du pollen disponible, elle produit et stocke, quelque soit les besoins de sa colonie. C'est bien pour ça que l'humain a vu en elle, dès l'antiquité, une alliée pour se nourrir ! En revanche elle est très sensible au stress, causé par exemple par des gestes brusques, peu assurés, des transhumances ou des manipulations fréquentes, etc.

A noter également : au printemps et en été, une importante miellée peut parfois bloquer la possibilité de pondre pour la reine, par manque de place ! Du coup, le renouvellement de sa population est en péril. Enlever du miel l'induira à se développer de manière modérée. Et évitera sans aucun doute, un futur manque de ressources (cette miellée est temporaire), qui pourrait être fatal à la colonie.

 

Si j'envisage de créer une activité complémentaire, que dois-je prévoir ?

En complément d'une autre activité, il est possible de  prendre soin de 10 à 150 ruches. Elle est souvent envisagée en complément d'une activité agricole, mais pas seulement.

C'est une activité qui demande présence et attention, notamment au printemps. Dès février ou mars (selon région), l'apiculteur.trice sera à l'écoute des prémices du printemps. C'est une période critique, qui demande peu de temps mais une vraie attention. Puis les mois d'avril, mai et juin vont être les plus chargés en tâches de suivi des ruches : comptez visiter chaque ruche une fois par semaine sur cette période. Chaque visite de ruche durera entre 30 secondes et 5 minutes ... auxquels il faut ajouter le temps de déplacement aller-retour au rucher.

De juillet à octobre, il y a moins de temps à consacrer, mais il est nécessaire de rester vigilant.e dans les moments clés : notamment mise en hivernage et traitement varroa.

Et en hiver, ne pas oublier l'incontournable temps de nettoyage, tri et réparation du matériel.

D'une manière générale, quelque soit l'objectif visé, on peut compter 1 jour annuel de travail par ruche.

Pour la réussite d'une activité de ce type, il est important d'être accompagné : le réseau des ADDEAR est particulièrement attentif à ce type d'activité, et propose des formations indispensables pour un projet cohérent et pérenne, dans une logique écologiquement et socialement responsables.

Métier : apiculteur bio. Ça me tente... Est-ce une activité risquée ?

Le contexte actuel est clairement difficile : la problématique reste de garder ses abeilles vivantes et en bonne santé, et de produire du miel dans un environnement dégradé, appauvri essentiellement par des pratiques agricoles intensives (pesticides, mais aussi suppression des ressources florales annuelles : haies, prairies fleuries ...).

Dans ce contexte, des choix s'offrent à l'apiculteur.trice, des pratiques les plus intensives au plus extensives. Garder ses valeurs, rester conscient de l'impact de ses choix, est une équation de chaque jour, un graal !

C'est aussi un métier gratifiant, avec une belle variété de productions possibles (miels, gelée royale, essaims, produits transformés comme les pâtisseries, confiseries, vinaigres, hydromels ...). Pour un minimum de risque, il est par exemple intéressant de pouvoir réaliser au moins une miellée annuelle "sûre" : colza, châtaignier ou lavande ...

Là encore le projet ne s'improvise pas et demande formation, accompagnement, mais aussi expérience. L'habitude de prendre soin de 2 ruches est un atout, mais c'est très insuffisant. L'équipement et l'organisation des soins sur plusieurs ruchers se raisonne, après une solide formation et une pratique  avec des professionnels.

Également, ne pas oublier que c'est un métier "physique". Le port de charges est parfois répétitif : une hausse pleine de miel peut peser jusqu'à 20 kg, et il faudra la porter plusieurs fois avant d'arriver à la miellerie ... Et évidemment elles seront (c'est souhaitable) nombreuses !

Bien sûr, il y a le choix conventionnel/bio. Au-delà de celui-ci, beaucoup de paramètres vont permettre d'équilibrer l'activité. Aussi bien sur le plan économique, qu'écologique, qu'éthique ou encore qu'humain. Par exemple : vais-je transhumer mes ruches ? A quelle distance maximale et combien de fois par an ? Combien de jours de travail par an, déplacements inclus, suis-je prêt.e à consacrer ? Ai-je des ressources en cas de "mauvaise année" ? De quel volume de production ai-je besoin ? Est-il réaliste et surtout : quelle pression est-ce que je risque de poser (même inconsciemment) sur mes abeilles ?

Une formation BPREA Apiculture est idéale, dans l'optique d'une activité à temps plein. Mais il est tout à fait possible d'envisager une formation courte, à compléter obligatoirement par une expérience terrain avec des pros. Avec ensuite un montage progressif de l'activité.

La difficulté de produire, et de garder les abeilles en bonne forme reste l'essentiel de la difficulté du métier. La commercialisation des produits de la ruche, surtout en bio, est rarement un obstacle (60% du miel consommé en France est importé).

Suis-je suffisamment formé.e à l'apiculture avant de lancer mon projet  ?

Tout dépend de la mesure de votre projet, mais dans tous les cas, lire un bouquin ou prendre des conseils "à droite à gauche" est clairement insuffisant. Même pour prendre soin d'une seule ruche !

Prendre le temps de comprendre les cycles, d'acquérir les gestes en étant accompagné, de pratiquer avant d'installer ses propres ruches, d'apprendre à observer finement différents signes ... va permettre de démarrer sereinement, pour les abeilles et donc pour vous.

Se lancer en bio dès le départ est risqué. Mais pas mal d'autres choix témoignent de votre engagement : récupérer un essaim proche pour démarrer (plutôt que de laisser les propriétaires du lieu le détruire !), agir pour la préservation des haies et prairies naturelles, échanger localement avec des apiculteurs, se former ... On peut très bien se fixer l'objectif du passage en bio dès qu'on se sent plus à l'aise avec connaissances et pratiques, après quelques saisons, en cheminant pas à pas. C'est l'expérience que nous avons vécue pas-à-pas, en nous interrogeant sur le bienfondé de nos choix, en observant et en mesurant l'efficacité de nos pratiques. Une expérience qui donne l'occasion d'apprendre sans se démotiver ! Et c'est ce qui nous permet aujourd’hui de proposer des formation-accompagnements qui nous semblent pédagogiques, justes et respectueuses.

Pour finir : démarrer en étant soi-même clair avec ses propres compétences, clair également sur la relation douce et consciente que l'on veut avec les abeilles est une 1ère marche, selon nous incontournable et gage de belles aventures !

A lire également : nos 7 clés pour des abeilles heureuses

Vous pouvez aussi nous contacter en cliquant ici pour toute précision sur notre approche et nos formations.

Et enfin nous rejoindre pour une formation adaptée à votre projet

(voir ci-dessous)

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